Chaque été, de nombreux chiens profitent du Léman pour se baigner et se rafraîchir. Autour de notre cabinet, à Villeneuve, Veytaux, Montreux et sur l’ensemble de la Riviera vaudoise, ces baignades sont généralement sans danger. Il reste cependant important de savoir reconnaître une prolifération de cyanobactéries.
Parfois appelées algues bleues, les cyanobactéries sont des micro-organismes naturellement présents dans les lacs et les cours d’eau. Certaines espèces peuvent produire des toxines capables de provoquer une intoxication grave, voire mortelle, chez le chien.
La région de Villeneuve a déjà été concernée. En juillet 2024, une chienne est décédée brutalement après s’être baignée dans le Léman. Une intoxication aux cyanobactéries a été suspectée, sans pouvoir être formellement confirmée chez l’animal. Des analyses réalisées dans le secteur ont néanmoins identifié une espèce de cyanobactérie potentiellement toxique, notamment autour de l’embouchure de l’Eau Froide. [1, 2]
Comment reconnaître des cyanobactéries dans l’eau ?
Malgré leur surnom d’algues bleues, elles peuvent présenter des couleurs très variées : vert, bleu, jaune, brun, rouge ou presque noir.
Toutes les cyanobactéries ne produisent pas de toxines. Il est cependant impossible de déterminer à l’œil nu si une prolifération est dangereuse. En cas de doute, il faut donc renoncer à la baignade. [3]
Les proliférations visibles dans l’eau peuvent prendre différentes formes :
- Une eau anormalement colorée ou trouble ;
- Des traînées ou des stries à la surface ;
- Des flocons, des grumeaux ou des amas de mousse ;
- Des tapis flottants ressemblant à de la laine mouillée ;
- Des dépôts inhabituels le long des rives.



Le vent et les courants peuvent déplacer rapidement ces amas et les concentrer dans certaines zones du lac.
Certaines cyanobactéries se développent également au fond de l’eau, sur les pierres, les branches ou les plantes aquatiques. Elles forment alors des « tapis benthiques », parfois bruns, noirs, vert foncé ou rouge foncé.
Ces tapis peuvent se détacher, remonter à la surface puis s’accumuler sur les berges. Une fois séchés, ils peuvent ressembler à de la boue ou à des débris végétaux.
Point important : les tapis benthiques peuvent se former dans une eau claire. Une eau transparente et sans coloration verte ne permet donc pas d’exclure totalement la présence de cyanobactéries. [3]

Pourquoi les chiens sont-ils particulièrement exposés ?
Les chiens peuvent absorber les toxines :
- En buvant directement l’eau ;
- En avalant de l’eau pendant la baignade ;
- En ingérant des amas ou des fragments de tapis ;
- En léchant leur pelage après être sortis de l’eau ;
- En mâchonnant des branches, des pierres ou des végétaux contaminés.
Certains tapis benthiques peuvent contenir des neurotoxines très puissantes. Leur concentration peut être élevée dans les tapis eux-mêmes, même si l’eau située autour semble normale. L’ingestion d’une faible quantité peut alors suffire à provoquer une intoxication sévère. [3]
A retenir
Les cyanobactéries ne rendent pas toujours l’eau verte. Elles peuvent aussi former des tapis bruns, noirs ou vert foncé au fond de l’eau ou sur les berges.
Pourquoi être vigilant à Villeneuve et sur la Riviera ?
Le risque lié aux cyanobactéries ne concerne pas uniquement Villeneuve. Des proliférations peuvent apparaître dans différentes parties du Léman et dans d’autres plans d’eau.
Le secteur de l’embouchure de l’Eau Froide possède toutefois un historique local particulier.
A la suite du décès suspect d’une chienne ayant nagé dans le Léman à Villeneuve en juillet 2024, la Direction générale de l’environnement du Canton de Vaud a réalisé des prélèvements dans cette partie du lac.
Les analyses ont confirmé la présence d’une espèce de cyanobactérie potentiellement toxique. Le Canton avait alors recommandé de restreindre la baignade autour de l’embouchure de l’Eau Froide. [1, 2]
La chienne concernée avait présenté une dégradation très rapide après sa baignade, avec des troubles de l’équilibre, des convulsions, une hypersalivation et des vomissements. Elle n’avait malheureusement pas survécu.
En l’absence d’autopsie, il n’a pas été possible de confirmer formellement que les cyanobactéries étaient responsables de son décès. Il faut donc parler d’une intoxication suspectée, et non d’un cas confirmé.
La vigilance concerne plus largement les propriétaires qui promènent leur chien au bord du Léman, notamment à Villeneuve, Veytaux, Montreux, La Tour-de-Peilz et Vevey dans notre région. La Commune de Montreux a également relayé les recommandations cantonales concernant les risques pour les animaux. [4]

Quels sont les symptômes chez le chien ?
Les symptômes varient selon la toxine et la quantité absorbée. Certaines cyanotoxines touchent principalement le système nerveux. D’autres provoquent une atteinte aiguë du foie.
Dans les formes graves, les premiers signes peuvent apparaître en quelques minutes à quelques heures.
Les symptômes possibles comprennent :
- Une salivation excessive ;
- Des vomissements ou une diarrhée ;
- Une faiblesse soudaine ;
- Une démarche chancelante ;
- Des tremblements ou des contractions musculaires ;
- Une désorientation ;
- Des convulsions ;
- Des difficultés respiratoires ;
- Un effondrement ou une perte de connaissance ;
- Des muqueuses pâles, bleutées ou, plus tardivement, jaunâtres.
Certaines neurotoxines peuvent entraîner une paralysie des muscles respiratoires. Les hépatotoxines peuvent provoquer une atteinte sévère du foie, une hypoglycémie, des troubles de la coagulation et des hémorragies. [5-8]
Il ne faut pas attendre l’apparition de plusieurs symptômes.
Tout comportement inhabituel après une baignade ou l’ingestion d’une eau suspecte justifie un appel immédiat à un vétérinaire.
Que faire si votre chien a été exposé ?
Une suspicion d’intoxication aux cyanobactéries est une urgence vétérinaire. Les toxines peuvent agir rapidement et il n’existe pas d’antidote spécifique.
1. Sortez immédiatement votre chien de l’eau
Eloignez-le de la zone et empêchez-le de boire, de retourner dans l’eau ou de lécher les dépôts présents sur la rive.
2. Empêchez-le de lécher son pelage
Un chien peut continuer à absorber les toxines en léchant ses pattes, son ventre ou son poitrail après la baignade.
3. Rincez-le abondamment à l’eau propre
Rincez l’ensemble du pelage, en insistant sur les pattes, le ventre, le poitrail et les zones situées sous le collier ou le harnais.
Retirez également le collier, le harnais ou le gilet humide. Portez si possible des gants pour éviter votre propre contact avec les dépôts.
4. Contactez immédiatement un vétérinaire
Si votre chien a bu l’eau, avalé un amas suspect ou présente le moindre symptôme, contactez un vétérinaire sans attendre.
La prise en charge vétérinaire repose sur une décontamination aussi précoce que possible et sur des soins de soutien : contrôle des convulsions, assistance respiratoire si nécessaire, perfusion et surveillance du foie, de la glycémie et de la coagulation.
Le pronostic dépend de la toxine, de la quantité absorbée et surtout de la rapidité de la prise en charge. [5-8]
Comment prévenir une intoxication ?
Avant de laisser votre chien se baigner, observez l’eau et les berges.
Renoncez à la baignade en présence :
- D’une eau colorée ou très trouble ;
- De traînées ou de mousse ;
- D’amas flottants ;
- De tapis ou de fragments bruns, noirs ou verdâtres ;
- De dépôts inhabituels sur les pierres et les rives.
Gardez votre chien en laisse dans les zones douteuses afin de l’empêcher de boire, de lécher des dépôts ou de mâchonner un morceau de bois contaminé.
Apportez également de l’eau potable lors des promenades. Un chien qui a soif sera davantage tenté de boire dans le lac, une rivière ou une flaque.
Respectez toujours les panneaux et les interdictions locales. Une absence de signalement ne dispense cependant pas d’observer l’eau avant chaque baignade, car les proliférations peuvent apparaître et se déplacer rapidement.
Les informations générales sont disponibles sur le site du Canton de Vaud, auprès des communes concernées et sur la plateforme suisse de science participative Cyano Community. [3, 4, 9]

Questions fréquentes
Un chien peut-il être intoxiqué sans avoir bu l’eau ?
Oui. Il peut avaler de l’eau en nageant, ingérer un fragment de tapis ou absorber les toxines en léchant son pelage.
Une eau claire est-elle forcément sans danger ?
Non. Des tapis de cyanobactéries peuvent se développer au fond d’une eau claire, puis se détacher et s’accumuler sur les berges.
Une intoxication aux cyanobactéries est-elle toujours mortelle ?
Non. Toutes les expositions ne provoquent pas une intoxication sévère. Le pronostic peut toutefois être sombre dans les formes graves, notamment lorsque des signes neurologiques ou respiratoires apparaissent rapidement.
Références
- Direction générale de l’environnement, Etat de Vaud. Rapport annuel de gestion 2024. Cyanobactéries dans le Léman et mesures prises dans le secteur de Villeneuve.
- Etat de Vaud. Le Canton recommande la vigilance face aux cyanobactéries. Communiqué du 7 août 2024.
- Eawag, Institut fédéral suisse des sciences et technologies de l’eau. Cyanobactéries / algues bleues. Proliférations dans l’eau et tapis benthiques.
- Commune de Montreux et Etat de Vaud. Le Canton appelle à la prudence face aux proliférations de cyanobactéries. 26 mai 2026.
- Foss AJ, Aubel MT, Gallagher B, et al. Diagnosing Microcystin Intoxication of Canines. Toxins. 2019;11(8):456.
- Peterson ME, Talcott PA. Small Animal Toxicology. 3rd ed. Saunders; 2013.
- Cohn LA, Côté E. Côté’s Clinical Veterinary Advisor: Dogs and Cats. 4th ed. Elsevier; 2020.
- Merck Veterinary Manual. Algal Poisoning of Animals.
- Cyano Community. Projet suisse de science participative pour la surveillance des cyanobactéries.
Besoin d’un vétérinaire à Villeneuve ou sur la Riviera ?
Vétéo propose des consultations vétérinaires à domicile à Montreux, Villeneuve, Veytaux, Clarens, La Tour-de-Peilz, Blonay, Saint-Légier, Vevey et dans plusieurs autres communes de la Riviera vaudoise.
Vous pouvez consulter notre page consacrée aux consultations vétérinaires à domicile ou nous contacter pour prendre rendez-vous.
Article rédigé par le Dr. Méd. Vét. Théo Decalf, en juillet 2026.
Les photographies et illustrations sont reproduites avec l’aimable autorisation d’Eawag. [3]